Dans un salon qui s’avère être un décor de tournage, Mum, Dad et leurs filles Phoeb et Ruby, s’exhibent face public. Teintes pastel et mobilier kitsch faussement douillet, créent l’illusion d’un foyer cosy. Obsédés par leur image, ils performent quotidiennement la famille idéale sur leur chaine devenue une entreprise lucrative : déballages de cadeaux, placements de produits, gestes calibrés pour la caméra.
Jusqu’au jour où la famille ouvre une boîte très spéciale. À l’intérieur, une créature ingrate et apathique fait irruption dans leur quotidien et en fait vaciller l’image parfaite, creusant peu à peu le vide.
Évoluant dans un univers grotesque et virtuel, peuplé de figures clownesques aux corps transformés par des prothèses, Influent Mum livre une satire jubilatoire d’une société en représentation permanente.
Je ne cherche pas à livrer un constat sur l’exposition de la maternité en ligne, ni à faire une critique frontale de ce phénomène – même si ses zones d’ombre m’interrogent et seront présentes. Ce qui m’intéresse, c’est de partir de cette situation (celle d’une famille devenue marque) pour aller à la rencontre de chacun de ses membres. Observer ce que cette surexposition fait à l’intime : comment elle modèle les corps, les liens, les regards. Comment elle transforme, peu à peu, la manière même d’exister ensemble.
Au plateau, la taille de l’écran sur lequel sera projeté le contenu de la chaîne familiale, donnera une ampleur outrancière à la plasticité des corps. Faisant de ces corps la matière scénographique même. Chaque famille cultive, consciemment ou non, une certaine image sociale. Ici, ce soucis est exacerbé jusqu’à l’absurde. L’artificialité des gestes et l’hypocrisie des attitudes devenus un art du geste tellement sophistiqué qu’il en devient presque une étrange grâce.
L’arrivée d’une intruse, ingrate et amorphe, va peu à peu être un facteur de décomposition de ce petit monde.
C’est en partant de cette intuition que m’est revenue une pièce que j’aime beaucoup: Yvonne, princesse de Bourgogne de Gombrowicz. On y découvre une jeune fille mutique et apathique, que le prince choisit d’épouser par défi et dont la passivité éveille les pulsions meurtrières de son entourage.
Relire cette pièce m’a conforté dans l’envie d’explorer cette figure d’Intruse, qui, par sa seule présence, expose l’artificialité du monde qui l’entoure. Dans une famille obsédée par l’image, le contrôle et la mise en scène, ce corps apathique agit comme un miroir du vide. Dans la pièce de Gombrowicz, elle ne dit rien, ne fait rien, et pourtant c’est elle qui fait tout basculer. Elle révèle, malgré elle, la vacuité des liens, l’angoisse, et fait surgir chez chacun·e une vérité enfouie, souvent difficile à affronter.
Mon travail s’ancre dans la physicalité : je m’intéresse particulièrement à la puissance du geste, à la place du corps et à ses infinies métamorphoses, aux figures du clown et du grotesque. Les corps sont donc transformés, les caractères augmentés, les figures outrées. Et le rapport au langage est tout aussi modifié, le geste se substituant au mot. Nous chercherons la forme, l’aspect de cette famille et de cette intruse. À quoi ressemblent-ils et qu’est ce que racontent ces corps surexposés et le corps anémique de cette nouvelle venue ? Comment interagissent-ils ensemble ? Comment s’expriment-ils ?
La force grotesque m’intéresse pour la faculté qu’elle a de narguer et faire vaciller le réel ; en usant de la déformation, la violence et l’absurdité peuvent s’explorer en profondeur, jusqu’au rire. Le rire recherché n’est ni ironique, ni cynique ou moqueur, mais salvateur, mêlé d’attirance et de répulsion. Je cherche à provoquer une certaine jubilation inquiétante.
L’écriture se fait principalement au plateau, et c’est dans le travail de l’improvisation que nous identifions la portée de cette histoire, explorons ses potentialités, et densifions les personnages et leurs relations.
Pour revenir à Gombrowicz, il disait que quelque soit la posture qu’on prend pour rencontrer nos semblables (nos paroles, nos gestes, nos attitudes), à l’intérieur nous ne sommes jamais que faiblesse, désordre, blessure et immaturité. Il disait « La forme, c’est le costume que nous mettons pour couvrir notre honteuse nudité ». Et c’est précisément dans ce décalage entre la forme imposée et le bordel intérieur que je situe le grotesque et que je cherche ces corps et ces caractères excessifs et pathétiques car en lutte permanente avec le réel. Des corps informes et immatures qui vont jusqu’à contaminer le langage.
Parce que tout vacille quand on perd toute contenance. Et c’est là, dans cette faille, que peut surgir quelque chose de profondément humain.
Asja Nadjar
INFLUENT MUM
Mise en scène et conception : Asja Nadjar
Jeu et écriture au plateau : Maïa Foucault, Chloé Astor, Antoine Amblard, Claire-Marie Daveau, Alicia Devidal
Création vidéos : Marilou Poncin
Création sonore : Jean Galmiche
Création lumière et collaboration artistique : Titiane Barthel
Dramaturgie : Geoffrey Rouge-Carrassat
Scénographie : Marine Brosse
Costumes : Elena Bruckert
Création prothèses et maquillage : Jean Ritz
Administration et production : Amandine Scotto
Production LA HUTTE
Coproductions
Studio-Théâtre de Vitry (94) ; Théâtre Public de Montreuil CDN (93) ; Théâtre Olympia, CDN de Tours (37) ; ECAM Kremlin-Bicêtre (94) ; Théâtre Sorano à Toulouse (31) ; SUAC de l’Université de Strasbourg (67)
Soutiens financiers
La NEF à Pantin (93)
Soutiens
Le projet est accompagné à ce jour par le Studio-Théâtre de Vitry en partenariat avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine ; le dispositif Steps qui regroupe 4 lieux franciliens (L’Étoile du Nord, scène conventionnée (75), L’ECAM Kremlin-Bicêtre (94), Nouveau Gare au Théâtre, Vitry sur seine (94) et Anis Gras, Arcueil (94)). Le Pavillon de Romainville (93) et le dispositif À l’Horizon
DATES 2026/27
Création les 18, 19, 21 et 22 septembre 2026 – Studio-Théâtre de Vitry en partenariat avec le Théâtre Jean Vilar (94)
9 octobre 2026 – PoKop à Strasbourg (67)
27 et 28 novembre 2026 – Festival SUPERNOVA à Toulouse (31)
14 janvier 2027 – Théâtre de l’Étoile du Nord (75)
du 19 au 30 janvier 2027 – Théâtre Public de Montreuil, CDN (93)
16, 17 et 18 février 2027 – Théâtre Olympia, CDN de Tours (37)
Résidences et présentations de projet
10 mars 2025_ Présentation de projet lors des plateaux Steps au Nouveau Gare au Théâtre, Vitry sur Seine (94)
Du 16 au 28 juin 25_ Premières recherches au plateau à Anis Gras, Arcueil (94) et au Théâtre Public de Montreuil (93)
Du 1er au 12 septembre 25_ Répétitions à l’Etoile du Nord (75) et au Nouveau gare au théâtre (94)
Du 14 au 25 octobre 25_ Répétitions à l’ECAM (94)
18 novembre _ Présentation de projet lors des plateaux À l’Horizon au Théâtre Berthelot Montreuil (93)
5 février 26 _ Présentation de projet à l’Étoile du Nord (75)
Du 20 au 30 avril 26 _ Répétitions à La NEF (93)
30 avril 26 _ Maquette à la NEF (93)
Septembre 26_ Résidence de création au Studio-Théâtre de Vitry (94)